Catégorie : Textes divers

Retrouvez ici quelques textes écrits sans raison ou à l’occasion de concours.

Errance poétique

J’ai des mots au bout des doigts

Des silences qui rugissent sur le clavier

J’ai des petits morceaux de moi

Qui ont une furieuse envie de s’évader.

 

J’ai les idées qui se livrent bataille

Mes larmes sont des lettres entremêlées

J’ai la raison qui parfois déraille

Mais je veux peindre des sourires sur le papier

 

J’avance la plume au bout du fusil

Escadron de pensées venues de l’intérieur

Armée de soldats de la poésie

Des vers je me fais le défenseur.

 

Pas toujours habiles

Ils sont une délivrance

Pas toujours utiles

Ils reflètent mes errances.

 

Exutoire de mes tempêtes

Ecume des désespoirs

Ils résonnent comme des trompettes

Brillent comme des étoiles dans le ciel noir.

 

Incomplets, amputés de l’inspiration

Eclopés de la vie et de ses déceptions

Les vers sont le moteur de ma passion

Que cela vous plaise ou non.

 

Ma liberté s’inscrit dans les alexandrins

Ma vivacité s’écrit du bout des mains

Et quand il y a tout autour du soutien

Il n’y a plus que du bonheur dans les lendemains

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Confidence

Ce texte fut écrit dans le cadre du concours de nouvelle  » Les Carnets ».

Je ne l’ai finalement pas retenu, le texte envoyé vous sera communiqué ici ultérieurement.

Il s’agissait d’écrire un texte sous forme de journal intime commençant par  » 1 Juillet. Derrière les persiennes, un mouvement »

 

Confidences

1er Juillet.

23h

Derrière les persiennes un mouvement. Voilà cher Journal ce qui m’a sortie de ma torpeur.

Ma journée a commencé comme ça, mettant en alerte tous mes sens. Alors que sous les draps mon corps dormait encore, mon esprit s’est retrouvé aux aguets. C’est agréable de sentir la température chuter un peu la nuit. J’aime sentir la brise qui passe à travers les claires-voies. Elle se fait caresse sur mon corps dénudé, elle se fait tendresse glissant sur les draps, elle devient déesse sous le ciel étoilé, elle devient maîtresse face à mon célibat. D’habitude c’est le soleil qui m’éveille, remplaçant la douce fraîcheur par la chaleur agréable car pas encore pesante. Mais ce matin, il n’a pas eu le temps de rayonner que déjà j’étais réveillée. Cette sensation d’être observée, épiée, une présence inconnue s’en est mêlée, sans même être invitée. Je me suis alors cachée, terrée sous l’oreiller. Essayant de me raisonner : «  personne ne te regarde, nulle présence viendra balayer ton quotidien ». Et je me suis rendormie en pensant à la sûreté de la rengaine de ma vie.

Je n’y ai pas repensé de la journée, mais ce soir, avant de rejoindre Morphée je voulais cher Journal te faire part de ce détail. Dans la nuit, les appréhensions se font plus présentes, mais tu me connais, je vais laisser la fenêtre ouverte malgré tout, juste pour me prouver ma bravoure. Ne ris pas s’il te plaît ! Je sais ce que tu penses, que je ne suis qu’une trouillarde qui se fait tout un plat d’un simple mouvement, d’un simple fait anodin qui est venu troubler mon quotidien. Tu te fais moqueur face à mes peurs, je t’en veux un peu alors je vais me coucher sans te souhaiter bonne nuit !

 

2 Juillet

Cher Journal,

Excuse-moi pour hier soir, je t’ai maltraité. Es-tu prêt à me pardonner ? Parce que figure-toi que j’ai de nouvelles révélations à te faire.

Ce matin, j’ai de nouveau été sortie de mon sommeil par cette présence étrangère derrière les persiennes. Bizarrement je l’attendais, de manière totalement schizophrénique je dois l’avouer. L’angoisse des doutes sur l’identité de ce réveil-matin inquiétant, et l’espoir néanmoins de me prouver à moi-même qu’hier je n’ai pas rêvé.

Cette fois je ne me suis pas recroquevillée sous mes draps, je me suis assise, bien droite sur mon lit. J’ai stoppé tout mouvement, guettant dans le silence qu’un bruit ou une forme me donne un indice. J’ai mis mon instinct au garde à vous. De proie je suis passée chasseuse. J’ai bien perçu quelques grattements résonner sur la gouttière, mais tout restait subtil, à peine perceptible. Le temps s’était arrêté, aussi figé que moi. J’essayais de caler les battements de mon cœur sur le « tic-tac » de mon horloge, en vain. Il battait la chamade dans ma poitrine, mon souffle se faisait court. Puis soudain, plus rien, la vie avait repris sa course, la normalité était revenue pour me réconforter.

Tu vois mon Ami, je me suis montrée plus forte aujourd’hui, enfin, un peu.

Comment ça je ne suis qu’une mauviette ? Tu crois que j’aurais dû faire preuve de davantage de courage ? C’est facile à dire tiens ! Tu passes tes journées à fainéanter sur ma table de chevet. Je ne te demande pas grand-chose, juste de recueillir mes pensées les plus intimes, les plus honteuses, les plus romantiques ou les plus diaboliques. Ta tache se limite à me réconforter en m’ouvrant tes pages comme un homme pourrait m’ouvrir ses bras. Tu n’es pas censé me juger, juste panser les hématomes de mon cœur et les plaies de mon esprit. Bon allez je ne t’en veux pas, après tout tu m’es fidèle, tu n’as jamais refuser que je peigne sur toi mon vague à l’âme. Cette fois-ci je vais te souhaiter une bonne nuit, mais tu n’auras pas de bisous, parce que je suis un peu fâchée quand même de tes moqueries.

3 Juillet.

Cher Journal,

J’ai cru devenir folle, perdre la raison, me noyer dans l’infâme parano !

Figure-toi que ce matin mon mystérieux inconnu de l’aube est revenu à la charge. Je sentais son regard sur moi, sa présence derrière les lamelles de bois. J’ai jeté un regard vers toi, mais tu dormais encore. Néanmoins, j’ai repensé à ce que tu chuchotais aux oreilles de mon âme hier soir.

Laisse-moi donc te raconter mon exploit, et cette fois-ci crois moi, tu auras de quoi être fier mon Ami.

Je me suis donc levée ! J’ai pris sur moi tu peux me croire, et sans penser à ma nudité, j’ai réussi à faire un premier pas, tremblante, le crâne envahi par des milliers de questions. Mes yeux t’ont toisé, pleins d’arrogance et je me suis mise au défi de vous envoyer au tapis tes railleries et toi. Je voulais te prouver que je ne suis pas une froussarde. J’avoue que je n’en menais pas large mais je continuais d’avancer.

Après tout, qui pourrait bien se trouver derrière mon volet ajouré ? Au quatrième et dernier étage qui plus est ! Comme toutes femmes je me méfie des inconnus, des mecs entreprenants ou beaux parleurs, et même des auto-stoppeurs. Mais à moins d’avoir à faire à un assassin bon grimpeur, il ne m’est jamais venu à l’idée que chez moi je n’étais pas en sécurité. Mon cerveau s’est alors transformé en autoroute d’idées tordues, subissant un embouteillage des pires scénarios. Des glauques, des épouvantables, des farfelus… Cambrioleur, violeur, meurtrier ? Amant éconduit ou client insatisfait ? Dans le doute j’ai saisis au passage mon flacon de Parfum, tu sais cher journal, le Chanel que j’aime tant ! Et bien pour l’occasion je me suis trouvée prête à le sacrifier. « La bouteille est robuste, je pourrais l’assommer si j’y mets toute ma force. Et si il se trouve suffisamment près je pourrais lui asperger les yeux et l’aveugler. » Voilà ce qui me trottait dans le crâne alors que doucement, sans faire de bruit, mes pas s’enchaînaient.

Je me faisais féline dans ma tenue d’Eve, je m’imaginais discrète, fantomatique. Le souffle court, j’avais l’impression que l’intrus pouvait néanmoins entendre mon cœur tambouriner dans ma poitrine tellement il cognait fort. L’angoisse me nouait les tripes, quelques gouttes de sueurs s’invitaient sur mon front. Mais j’avais quelque chose à te prouver, et pour cela je devais garder le contrôle de mon corps pour ne pas céder à la panique qui commençait à me posséder comme le démon. Se faisant vicieuse, s’immisçant par les pores de ma peau, essayant de gagner mes entrailles avant de pénétrer mon esprit. Non l’angoisse est un ennemi, elle cherche à vous détourner, à vous faire reculer. Je devais la combattre pour garder les idées claires, pour pouvoir agir.

Imagine comme je me suis sentie seule avec mon demi-courage, mes frissons et ma minuscule détermination. Je m’approchais néanmoins de plus en plus de cette présence que je devinais encore. Je l’entendais ou peut-être que j’imaginais l’entendre, m’invitant à la découvrir. Qu’est-ce que tu ne me fais pas faire franchement ?

Soudain, le craquement du parquet sous mon pied, un bruit qui a déchiré le lourd silence. Cette fois j’étais sûre d’être remarquée, il me fallait donc agir, vite, sans réfléchir. Armée de mon parfum hors de prix je me suis jetée sur les persiennes, les ouvrant à la volée, laissant le soleil timide pénétré la pièce.

Ah mon ami, tu attends le dénouement de notre aventure n’est-ce pas ? J’ai piqué ta curiosité hein ? Je ne sais pas si tu as mérité mes révélations. Je pourrais me contenter de ta fierté, car je sais que je t’en ai bouché un coin avec mon audace. Mais puisque tu as toujours été un bon confident, je veux bien continuer mon récit et même t’en dévoiler l’épilogue.

Je disais donc que j’avais ouvert les persiennes à la volée. Et quelle ne fût pas ma surprise de voir s’envoler deux petits moineaux effrayés. Effarée je les ai regardé s’éloigner, virevoltants dans le ciel bleu, flirtants avec les nuages, sympathisants avec les cieux. J’ai réprimé un rire nerveux tout en m’émerveillant devant ces deux paires d’ailes qui cherchaient un brin de vent directionnel. Quelle gourde, n’est-ce pas cher journal ? Je t’autorise à te moquer de moi, je ferais preuve d’auto-dérision sur ce coup là. Mais attends, ce n’est pas terminé, car mon sourire s’est évaporé quand je me suis rendue compte que j’étais nue à ma fenêtre, surplombant les commerçants en contre-bas qui s’installaient pour le marché. Le bruit de ma « lutte » avec ses deux pauvres bêtes avait attiré sur moi les regards des marchands médusés.

Je dois te faire une confession, car je sais que tu ne le répéteras pas n’est-ce pas ?

Ce moment aurait dû être le plus gênant de ma vie, il m’aurait suffit de faire deux pas en arrière et crever de honte toute la journée dans ma tanière. Mais j’ai pensé à l’envol des oiseaux, à la beauté de leur élan, à leurs battements d’ailes qui accompagnaient les battements de mon cœur. Alors sais-tu ce que j’ai fait ? J’espère que tes pages ne sont pas trop chastes car je risquerais de te faire rougir. Et bien je me suis un peu plus penchée à la fenêtre, bombant ma poitrine, relevant le menton. J’ai fermé les yeux pour accueillir sereinement les rayons du soleil. Il s’est fait caresse sur ma peau dénudée, il s’est fait tendresse en glissant sur moi, il est devenu démon dans le ciel bleuté, il est devenu l’amant d’un sentiment de joie. D’un regard aguicheur j’ai alors jaugé sans peur mon public masculin devenu de mon émancipation les témoins. Dans un dernier geste que j’admets théâtral, j’ai dégainé le Chanel que j’avais encore en main et m’en suis aspergée. Et tu sais quoi cher Journal ? J’ai éprouvé un plaisir viscéral en me parfumant de liberté.

Sur ce cher ami, cher confesseur, cher tentateur, je vais me noyer dans le sommeil. Je suis ravie de la fierté que tu éprouves à mon égard, j’ai l’impression que ce soir je te dépose mes mots avec davantage de dignité. Et j’ai une dernière chose à t’avouer : demain je crois que je vais oublier de mettre une culotte sous ma robe, et je me délecterais de la brise sur ma peau, glissant délicatement sur moi, se faisant impudique, délicate amante aux parfums d’été.

Mais dis-moi cher Journal, aurais-je réussi à te troubler ?

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Ode au zizi

Concours amateur, réalisé le 25 mars dernier. Il s’agissait d’écrire un ode au zizi. Ma gourmandise m’en a fait écrire deux.

 

Branle Bas de Combat.

Pour l’instant bien caché

Tu te tiens aux aguets

membre de la division quéquette

au repos derrière la braguette.

Mets dans la chambre ta cartouche

astiques bien ta mitraille

car cette nuit sur cette couche

se déroulera la bataille.

Ca y est la charge a sonné

élance-toi vaillamment

sois Samouraï ou chevalier

mais reste toujours ardant.

Immisce toi dans les recoins

sécurise tous les points clés

mais surtout ne faiblis point

avance avec virilité et fermeté.

A force d’assauts répétés

tu as enfin pu trouver

le Graal tant espérer

celui de la jouissance sacrée.

Ta mission fut bien menée

ta cible est verrouillée

il ne te reste qu’à bien viser :

dernier frémissement… TIREZ !!

Ode à toi.

A toi mon tout petit

qui au chaud te repose

recroquevillé et flétri

je te dédis cette prose.

A toi mon très cher amant

que tendrement je rejoins

pudiquement te caressant

t’accueillant au creux de ma main.

A toi mon tendre amour

réagissant à mes mouvements

tu me démontres sans détour

l’expression de tes sentiments.

A toi mon fruit défendu

je t’embrasse gourmande

te trouvant droit et tendu

répondant à mon offrande.

A toi qui donne la vie

tu me possèdes ardemment

Et dans neuf mois un tout petit

que nous aimerons tendrement.

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Prix de la nouvelle érotique

Dans le cadre du prix de la nouvelle érotique 2016 organisé par  » Les avocats du diable ».

Il s’agissait d’écrire une nouvelle érotique en une seule nuit. Réception des contraintes le 31 octobre à 23h59 et texte à renvoyer avant 7h le 1 novembre.

Les contraintes: respecter la thématique  » Tel épris qui croyait prendre », utiliser le mot final  » ricochet ».

Ce texte, je vous le livre brut, avec les fautes dues à la fatigue et au manque de temps.

 

L’espace d’un instant.

Sous la lune argentée du mois de mai je commence une nouvelle nuit de travail.

Je sais d’avance ce qu’elle me réserve : donner du plaisir, écouter les confidences, soigner les maux du corps et de l’esprit des oiseaux de nuits. Tous mes clients sont différents ( des gros, des maigres, des vieux, des plus jeunes, des petits, des grands, des mariés, des veufs, des frustrés, des hommes en quête de sensations…) mais au fond ils se ressemblent tous, tous aussi seuls que moi.

Je n’ai pas choisi d’être une pute, une catin, une fille de joie, je n’ai juste pas eu de chance en tirant les cartes de la vie : « Mauvaise pioche pour Adeline, direction le trottoir sans passer par la case départ. »

Ma tenue ne s’adapte pas à la météo, je porte comme toujours un short très court sur des bas résilles, un t-shirt moulant au décolleté plongeant et des talons vertigineux qui me font un mal de chien. Il n’y à rien de glamour dans ma tenue, ni dans ma démarche, il n’y à rien de beau dans mon job. Bien souvent j’évite de réfléchir, je m’évade, je fantasme, j’imagine, mais je ne me pose pas de questions, je sais que cela me mènerait à une auto-critique bien peu élogieuse.

Perdue dans mes envies d’ailleurs je n’ai pas remarqué ce type qui s’approche de moi. Il est grand, maigre, ses cheveux bruns dressés soigneusement sur le haut de son crâne et des yeux verts perçants. Lorsqu’il m’adresse la parole je remarque un accent de l’Est que je n’identifie pas.

_ Vous êtes libre mademoiselle ?

Comme si il me demandait l’autorisation de m’emprunter, il semble presque s’excuser. Je ne prends pas la peine de répondre verbalement, je saisis la main qu’il tend vers moi et l’attire vers l’hôtel de passe situé à quelques mètres. J’ai une chambre attitrée, je n’ai donc qu’à dégainer ma clé et le précéder dans la pièce. Je ne ferais pas l’inventaire de la décoration, il n’y en a pas. Un lit, une table de chevet, un petit bureau et sa chaise et une salle d’eau attenante, voilà mon lieu d’exercice.

Je lui annonce mes tarifs, demande à être payé immédiatement et sans préambule je commence à retirer son pantalon. Aussitôt il stoppe mon geste, plongeant son regard dans le mien :

_ Je m’appelle Jeremias. Et vous ?

_ Adeline.

Je vois, encore un de ceux qu’il va falloir écouter une heure avant qu’il se soulage trois minutes. Voilà le type de clients qui ne me demande pas un gros effort, d’autant que physiquement il est loin d’être désagréable.

_ Vos clients vous font-ils jouir Adeline ?

Ah, ça c’est le genre de questions inhabituelles, il faut dire que bien souvent il me suffit d’écouter les monologues avant d’écarter les cuisses, on s’intéresse rarement à ma personne.

_ Je suis là pour votre plaisir.

Je préfère rester vague dans mes propos, je sais par expérience que les hommes aiment entendre ce qui les arrange, ils se contrefichent de la vérité. Sauf que dans le cas présent je n’ai aucune idée de la réponse idéale.

_ J’en déduis que vous offrez sans recevoir. Nous allons remédier au problème.

Sans même que je puisse esquiver son geste, ses lèvres ont gagné les miennes. Je n’aime pas embrasser mes clients, c’est un geste trop intime ( ce qui est, vous en conviendrez, assez contradictoire avec tout ce que je peux accepter d’autre ). Pourtant ce baiser qui m’est offert ce soir est doux, sensuel et délicat. Sa langue se joint à la mienne pour une danse endiablée. Ses mains parcourent mon échine, se posant délicatement sur mes fesses. D’habitude il s’agit d’une partie de mon anatomie que l’on pétrie, que l’on frappe et que l’on fouille… ses caresses sont aussi agréables que la sensation est étrangère. Doucement il retire mon haut, puis mon short qui dégringole sur mes chevilles. Jérémias recule d’un pas et semble se délecter du spectacle que j’offre, en sous vêtement, bas et talons au milieu de cette chambre sordide. Il m’attire vers le lit, m’y allonge délicatement puis retire mon string. Sa bouche pose un nouveau baiser sur mes lèvres avant de commencer à cheminer sur ma machoire, mon cou, mes épaules et ma poitrine. Après avoir retirer mon soutien-gorge il titille mes tétons. La chaleur et l’humidité de sa langue les font durcir aussitôt. Je sens mon pouls s’accélérer, ma respiration s’accentuer et mon coeur s’emballer. Ses doigts, longs et fins se dirigent vers mon entre-jambe. Il contrôle ses gestes, chatouillant mon clitoris, puis pénétrant mon intimité. Ce n’est pas une pénétration brutale voir bestiale comme je peux connaître avec certains, ni un acte anodins et timides comme cela peut l’être avec d’autres. Non, c’est maîtrisé, c’est profond, c’est érotique et excitant. Pour la première fois je m’autorise à me laisser aller, je perds le contrôle, je sens le désir former une boule au creux de mes entrailles puis grossir, s’accroître en se verbalisant en un gémissement que je ne cherche pas à retenir. Ses lèvres continuent à descendre sur mon corps, passant sur mon ventre, descendant encore avant de se poser sur le bouton de rose de mon sexe. Son souffle frais accompagne son suçotement, tandis que ses doigts valsent encore en moi. Mes cuisses frémissent autour de son visage, tous mes muscles se contractent, mes halètements se transforment en cris, je hurle mon plaisir. Quelle découverte exquise, quel merveilleux éveil des sens. Je sens comme un déchirement à l’intérieur de moi, libérant une nuée de papillons, j’ai chaud, j’ai froid, mon corps en réclame davantage sans savoir si il pourrait le supporter. Mon esprit habitué à se réfugier le plus loin possible de ma réalité se noie dans un nuage aux parfums de santal et de musc, mes yeux clos se plongent dans des couleurs pastelles, du rose, du turquoise, du jaune… J’oublie la pièce hideuse et glauque, je zappe ma routine, je mets au placard la putain et laisse s’exprimer la femme.Mes doigts se plongent dans la broussaille de ses cheveux, le saisissant pour l’attirer vers moi. Comprenant ce que j’attends de lui, Jérémias remonte pour m’embrasser de nouveau. Je peux goûter ma moiteur sur ses lèvres, son baiser est toujours aussi délectable mais cette fois il est passionné.

Il dégrafe son jeans, retire son t-shirt blanc. Je peux à mon aise contempler l’expression de son propre désir. Sans m’y sentir contrainte, je veux lui rendre ce qu’il vient de me donner, je veux le sentir durcir davantage sous les assauts de ma bouche, je me découvre gourmande face à l’idée de recueillir son plaisir au fond de ma gorge.

_ Non, dit-il, je suis là pour vous, pour votre plaisir, laissez vous aller.

Il me rallonge doucement sur le matelas, je sais à son ton que je n’ai pas d’autres choix que de me laisser faire et l’idée me convient tout à fait. Libérant définitivement son érection ( Diantre, quel homme!) il entre en moi, créant une combinaison parfaite de nos corps. Ses yeux ne quittent pas les miens, mes ongles s’enfoncent dans sa chair si douce, son parfum envahit mes narines, mes mouvements de hanches accompagnent les siens, mes jambes s’entourent autour de sa taille. Je ne suis plus une prostituée, il n’est pas un client, je ne connais rien de lui et pourtant j’ai l’impression qu’il à pénétré chaque centimètre carré de ma peau et de mon âme.

J’accueille tout son être, tremblante de désir, avide de plaisir.

Non il n’y a rien de sale, il n’y a rien de vicieux ou de pervers. Pas d’écœurement, pas de gestes impudiques, pas de « femme objet ». Il y a seulement deux êtres qui s’offrent une parenthèse. Je me sens écouter, effleurer, exister. Ses gestes ne sont pas brusques, chaque caresse m’est destinée, délicate comme une plume, apaisante comme un rayon de soleil, réconfortante comme les bras d’une mère. Je reçois ce que j’ai l’habitude d’offrir, je me sers une grosse part de plénitude et de jouissance, oubliant la noirceur et la puanteur de ma vie.

Il me prend en missionnaire, ne changeant pas de position. J’ai eu à faire à de véritables acrobates du sexe, me laissant parfois des courbatures en souvenir, découvrant des muscles dont j’ignorais l’existence. Mais Jérémias, lui, il me fait l’amour, nous prenons du plaisir non pas dans l’accomplissement d’un fantasme, mais dans la simplicité d’un moment de pur bonheur physique. Je me plais à sentir son corps contre le miens, son torse écrasant ma poitrine, j’aime voir son désir dans son regard, j’apprécie ses lèvres sur les miennes et ses gémissements qui résonnent au creux de mon oreille.

Je resserre mes bras et mes cuisses autour de lui, de nouveau ce sentiment d’exploser qui m’envahit, criant ma jouissance, sentant tout ce qui m’entoure se dérober sous moi, me retrouvant en lévitation au dessus de la face dégueulasse de mon monde. Ne pensant même pas cela possible j’atteins un nouveau niveau d’extase en le sentant se déverser en moi.

Dans ma réalité cette éjaculation signifie la fin de ma « mission », comme la sonnerie de la fin du service à l’usine. Cela veut aussi dire que je vais devoir retourner sur mon trottoir pour attendre mon prochain client. Les hommes se rhabillent aussi vite qu’ils ne se sont retrouvés nus. Chacun de notre côté du lit, nous reprenons une attitude convenable, classant le dossier, prêts à retourner à nos vies. Mais ce client n’est pas ordinaire, lui il m’embrasse encore, me prend dans ses bras, passant son nez dans mes cheveux. Je prends le temps de caler ma respiration sur la sienne.

Pourtant, arrive le moment où il se lève, m’aide à remettre mes vêtements, il revêt les siens et regarde la liasse de billets de vingts euros qu’il m’avait laissé tout à l’heure.

_ Je crois que je peux les reprendre non ? Me dit-il en souriant.

_ Effectivement, ça serait plus à moi de vous payer pour ce que vous avez fait.

Joignant le geste à la parole, je sors de mon sac trois autres billets que je lui glisse dans l’élastique de son caleçon. Nous sortons ensemble du bâtiment, arrivés à l’extérieur, il se contente de me déposer un baiser sur le front, et sans dire un mot il tourne les talons.

Je le regarde s’éloigner, retournant à mon quotidien. Il n’y aura pas de « happy end » pour moi, mais il y aura eût ce moment durant lequel je me suis échappée, une bouffée d’oxygène pour ne pas sombrer. J’ai l’impression qu’autour de moi, les murs gris commencent à s’effriter, puis un morceau de la cellule de mon âme tombe, laissant passer un rayon de soleil. Je sourie à l’idée que, comme ce morceau de noirceur, en touchant le sol, moi aussi je peux faire un ricochet.

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Temp’o

On m’a menti, on me l’a fait croire.

On m’a dit que le sexe c’était du bruit

Violent, impudique, infâme exutoire

Juste un truc pour tromper l’ennui.

 

On m’a donné tous les instruments

J’ai frappé sur la chaire de mon tambour

J’ai arraché les cordes de mon violon

J’ai mis mon archet en miettes.

 

Du bruit j’en ai fait, à déchiré le ciel de ma nuit.

Avec violence, impudeur et détestable désespoir.

De moi j’ai tout donné à qui voulait bien me prendre

Je ne suis pas musicienne moi !

 

Mais aujourd’hui j’ai compris.

Le sexe c’est un étalage de tendresse

De la tendresse hargneuse

Témoignage de respect bourré d’allégresse

 

J’ai écouté mon p’tit cœur tout meurtrie

Boum Boum…Boum Boum

Il me soufflait la musique de la vie

Mélodieuse preuve que j’suis pas morte

 

J’ai décidé d’essayer, faire l’amour

Terme explicite, d’un acte résonnant de sentiments

La peau du tambour, je l’ai caressé, doucement

Les cordes, je les ai juste effleuré, délicatement

Mon archer est devenu de mon bras le prolongement.

 

Et c’était beau, oh oui c’était beau !

Un hymne de béatitude s’est dégagé

Une harmonie à soudain résonné.

J’ai découvert le bon tempo.

 

Ne me mentez pas, ne me faites plus croire

Que ce n’est qu’un bruit qui me déchire les tympans

J’élève ma voix, je veux le faire savoir

Le sexe, c’est une danse, dans les yeux d’un amant.

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L’orgie des mots

L’Orgie des mots.

Il est des diables bien déguisés. N’ayant qu’une peau blanchâtre comme mince couverture sur son grand squelette Pédro est de ceux-là. Éditeur de génie il sait repérer dans les nombreux manuscrits qu’il reçoit le talent d’un auteur. Il déniche la beauté des mots, creuse dans l’âme des vers, met à nu les alexandrins, dissèque les phrases, voit des notes de musique dans la ponctuation et se réjouit de l’accouplement des lettres.

L’écriture il aime ça, mais la lecture est son carburant. Il fait de l’encre son opium, dans ses mains le papier prend vie, histoires d’amour au parfum de rose, de meurtres sanguinaires, de tragédies en tout genre. Peu importe, il boit chaque pensées des écrivains, se régale des rimes du poète, s’enivre de récits.

Pédro n’a de compagne que sa solitude, trop proche des rêves pour s’attacher à la réalité des Hommes. Il n’aime pas la modernité, le pauvre bougre se complaît dans la lumière et la chaleur du feu, dans l’encrier qui nourrit la plume, dans le crépitement sonore d’un vieux vinyle. Même le soleil il en est dégoutté, trop présent, trop lumineux, trop agressif. Alors, quand la lune pointe le bout de son nez, l’éditeur allume un bougie, laissant couler la cire sur le bois brut de son bureau. Son séant osseux posé sur sa vieille chaise en chêne, il humecte ses lèvres déjà asséchées par la splendeur qu’il s’apprête à découvrir. Et là, sous un ciel d’étoiles qui se dissimule derrière sa lucarne, commence son fantasme. Il ouvre délicatement une enveloppe bien fournie recelant des secrets et des petits bouts d’âmes d’un penseur quelconque qui aura vomit sur des feuillets les idées telle qu’elles germaient. Ses gestes sont lents, presque tremblants, Pédro est un sensible sous sa carapace de bourru, il aime prendre le temps qu’il a en quantité, maintenir le suspens avant de dégainer le papier, il sait qu’il tient un plaisir qu’il saura sans brusquer dévorer des yeux.

Derrière le verre de ses lunettes il devient alors pervers et voyeur, mais ne tardera pas à se rêver acteur de ce qui s’exposera à lui sans pudeur. Il est prêt, il est en condition, il va découvrir une terre vierge de tout regard et il s’en délecte.

Le titre tout d’abord, bien choisi et réfléchi, il donne le ton, il attire, il séduit. Il flirt avec le lecteur, se dévoilant à peine. Il est une invitation, il est comme un premier regard qui vous agrippe le cœur. Puis viennent les phrases. Le premier chapitre est plus qu’un préambule, pour Pédro c’est le début des préliminaires. Les mots le dénudent délicatement, l’effleurent du bout des lettres, il aimerait pénétrer dans l’histoire et s’en régaler, mais préfère lire doucement et se sentir vibrer à l’idée d’une intrigue qui sait habilement se placer.

L’histoire est maintenant bien présente, elle est faite de formes délicates, elle le convie à danser. Ce n’est pas une valse c’est un tango, ce n’est pas un ballet c’est une salsa. Les mots s’enchaînent, virevoltent, tournoient, Pédro ne touche déjà plus terre. Il se laisse bercer par les mouvements, happé comme il se doit par la grande bouche du récit qui prend vie. Les sentiments des personnages commencent à suinter de toutes parts, les phrases laissent s’échapper les sensations, les syllabes pétrissent les consonnes. L’homme voudrait déjà découvrir le final mais ne voudrait rien rater, ne rien laisser pour compte. Chaque détail à son importance, les frissons que la plume a laissé sur le papier sont encore palpables, ils s’insinuent dans son âme, parcourant son échine. Ses poils se dressent fièrement, il flaire le dénouement comme un chien avec sa truffe humide renifle le gibier. Il est là, pas loin, il se laisse désirer tout en s’annonçant. L’éditeur n’y tient plus, il sait ce qu’il va se passer. La fin est attendue, il la devine, l’espère telle qu’il l’imagine, elle se fait pressante au creux de ses entrailles. Dernier chapitre, le paroxysme, le nirvana. Les derniers mots sont presque un supplice de plaisir tant il aimerait retenir un peu cette troublante intrigue, la posséder encore quelques instants avant de la laisser voguer dans les mains d’autres amants. Ciel ! L’épilogue : Les mots déferlent en un final délectable, ponctués de sentiments contradictoires : le plaisir du moment passé et le regret de ne pas en avoir eu davantage.

Il est comme ça Pédro, quand il lit il prend son pied. Récits prudes ou dévergondés, histoire d’hémoglobine ou clandestine, autobiographie ou philosophie, théâtre, roman ou poésie. Le fantasme sous ses yeux prend vie, il en a besoin, c’est viscéral, c’est vital, c’est indispensable. Il aimerait tous les publier, les grossiers comme les fragiles, les tendres comme les violents, les hors normes ou les banales. Les voir imprimés, habillés d’une couverture sobre pour ne pas que l’image se fasse incestueuse en attirant un regard qui ne devrait se poser que sur le texte.

Il est comme ça cet éditeur, se masturbant avec la grammaire, se caressant avec la conjugaison, se régalant de l’orthographe parfois hésitante. Et il jouit dans l’antre de toutes les thématiques, entre les mains parfois mal habiles des auteurs qui lui ont confié le corps de leurs idées.

Il est comme ça ce diable, il pénètre l’art, sodomisant parfois la culture populaire, et enfantant des destins brûlants.

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Dis Maman

Dis Maman,

Dis Maman, c’est quoi la magie ?

C’est quand un regard te fais fondre le cœur

C’est quand une parole te remplie l’âme

C’est quand tu t’envoles les pieds cloués au sol.

 

Dis Maman, c’est quoi l’amour ?

C’est quand d’un coup tu n’as plus peur

C’est quand dans tes tripes s’allume une flamme

C’est quand tes jambes deviennent toutes molles.

 

Dis Maman, j’crois que j’suis amoureux.

Protège-toi mon enfant mais vis l’instant

Il sera seconde ou éternité

Il sera tempête de neige ou champs de blé

Mais quoi qu’il arrive, vis le intensément.

 

Mais Maman, j’veux pas tomber.

Les chutes ne comptent pas quand on apprend à voler.

Tu n’avanceras pas si tu as peur de te blesser

Aucun brasier ne crépite en silence

C’est ce qui le rend plus intense.

 

Maman, pourquoi toi tu n’as pas d’amoureux ?

Mon cœur à moi il est remplie de souvenirs

Je panse encore les blessures en me régalant de l’avenir.

Je suis amoureuse mon fils, amoureuse de la vie

Et la magie éphémère de l’instant me suffit.

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Galan Dorgia

Poème composé pour un concours amateur.

But de l’exercice, séduire le poète Galan Dorgia.

Ce texte a remporté le second prix.

Orgie Galante

Ami des lettres vous avez demandé

d’utiliser les mots pour vous caresser.

Le poète libertin peut donc prendre son pied

dans la lecture d’un simple récit débridé.

 

De vos lèvres je pourrais vous parler,

Votre impudeur pourrait être évoquée

Ce serait là chose fort aisée

Mais seuls des écrits ont été échangés.

 

Je ne peux que vous imaginer

flirtant avec la douce absinthe

récoltant son mortel baiser

et vous évader sans crainte.

 

Mais laissons les fantasmes voguer

vers les monts et les vallées

de deux corps pudiquement dénudés

dans la tiédeur de l’obscurité.

 

En un charmant méli-mélo

d’un enchevêtrement érotique

sentir votre souffle à fleur de peau

et vos gestes méthodiques.

 

Dans un ludique éveil des sens

je vous laisserais butiner

le fuit de mon indécence

que vous saurez habilement provoquer.

 

Prouvez-moi Monsieur l’écrivain

que mon fantasme est suffisant

pour réussir sans les mains

à faire de vous mon amant.

 

Veuillez excuser ma poésie virginale

qui ne pourra hélas jamais traduire

la chaleur et l’humidité vaginale

que vous pourriez pourtant chérir.

 

Je me suis prêtée à ce jeu d’écriture

avec amusement et désinvolture

sans grand talent il faut l’avouer

mais avec délice et volupté.

 

Insuffisant pour vous faire durcir

j’espère qu’il aura au moins pu vous séduire

mais finalement n’était-ce pas là le but

même si cela ne vaut pas une bonne turlute !

 

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La lettre

Ce texte fut écrit lors d’un concours amateur entre auteurs érotiques.

Le but était d’écrire un texte regroupant les contraintes suivantes:

Un lieu: un souterrain / Un personnage: un militaire / Un objet: un ruban de soie.

 

LA LETTRE.

«  Mon amour,

Je t’écris depuis les entrailles de la terre. Depuis ce matin nous recevons une pluie d’obus sur la tête, comme si le froid, la faim, la puanteur et les rats ne suffisaient pas à répandre la mort parmi nous. Avec trois autres types que je ne connais que peu, nous avons trouvé refuge dans un trou béant creusé par l’explosion d’une mine. Un ami y a perdu la vie, mais cela a eu le mérite de mettre à jour une sorte de minuscule souterrain dans lequel nous avons pu nous entasser. La proximité d’un corps chaud est réconfortante, dans ses tranchées de la mort il n’y a plus de pudeur et nous ne faisons plus attention à celui qui est à nos côtés. Il ne vaut mieux pas sympathiser, les vivants d’aujourd’hui étant les cadavres de demain. Il nous faut attendre, attendre une accalmie, attendre une soupe qui ne viendra jamais, attendre la mort qui frappera sûrement. Je deviendrais fou si je ne pouvais m’imaginer près de toi en fermant les yeux. Je remplace les odeurs de chaires brûlées par ton doux parfum de rose, j’oublie le froid en imaginant la chaleur de ton corps, je remplace les cris des blessés par tes mots d’amour. N’est ce pas déjà devenir fou que de rêver en enfer ? Je garde toujours sur moi le ruban de soie bleu que j’avais retiré de tes cheveux ce fameux 3 juillet 1915. Te souviens tu de ce jour mon amour ? Sachant que je ne reviendrais peut-être pas, nous avions oublier notre promesse de pureté jusqu’au mariage. Je revois ton corps frémir sous mes baisers, allongés sous notre arbre, celui qui porte nos initiales. Mes doigts n’avaient jamais caressés chose aussi douce que ta cuisse sous ta robe. Mes lèvres n’ont pas goûté de mets plus savoureux que l’humidité de ton désir entre tes jambes. Aucune brise n’équivaut à ton souffle dans mon cou. Même le bruit des vagues que nous aimons tant me paraît terne comparé à tes gémissements de plaisir. Oh mon Amour, je ne voudrais me trouver à aucun autre endroit au monde que sous notre arbre, ma tête reposant sur tes seins, mon corps ne faisant qu’un avec le tien. Je me damnerais pour sentir une fois encore ta bouche sur mon sexe, gonflant sous les assauts de ta langue si délicieusement impudique. Es-tu choquée de me lire ? Ce moment qui n’a appartenu qu’à nous est pourtant si beau, au-delà du plaisir charnel, mon esprit lui même s’en est délecté. Il n’y a rien de sale dans l’amour, rien de blessant dans la sexualité, et à aucun moment je ne regretterais de t’avoir mené à l’orgasme avant de t’avoir mené à l’autel. J’ai emporté avec moi ce dernier souvenir de toi, je l’ai gardé dans mon esprit, enfermé dans une petite case de mon cerveau que l’horreur ne peut atteindre.

Il me faut te laisser mon Amour, la charge va bientôt sonnée. J’effleure du bout des lèvres ton ruban comme si il était toi, je le parcours d’un bout à l’autre comme je le ferais de ta cheville jusqu’au sommet de ta cuisse. Ne quitte pas mes pensées ma chérie, ne quitte pas mon cœur ma douce, laisse moi, avant de partir, le souvenir de ton corps nu sous le soleil. Et si ce jour doit être le dernier, sache que malgré le crépuscule, la boue et la peur, je préfère m’imaginer m’élancer vers toi, et je tomberais le sourire aux lèvres à l’idée qu’on se soit appartenu. »

 

Cette lettre je la laisse anonyme. A vous, lecteur de faire travailler votre imagination. Elle peut avoir été écrite par Erwan, marin pêcheur breton de vingt deux ans, ou par Léon, gringalet de dix neuf ans, menuisier basque. A moins que ce ne soit Edouard, binoclard de vingt cinq ans vigneron bordelais, ou peut-être même Joseph, boucher nantais au visage rond parsemé de tâches de rousseur.

Il est possible que l’auteur ait rejoins les anges ce jour là, mais il peut aussi être revenu auprès de sa belle, une moitié de visage en moins, ou un bras arraché.

Peu importe finalement, car l’amour qu’on le ressente, qu’on le vive, ou qu’on le fasse, n’a pas d’âge ni d’identité. Il n’est qu’un parfum de rose, un grain de peau sous les doigts d’un amant, un murmure au creux d’une oreille, un ruban que l’on effleure en souriant, et des initiales, gravées sur un arbre.

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