Prix de la nouvelle érotique

Dans le cadre du prix de la nouvelle érotique 2016 organisé par  » Les avocats du diable ».

Il s’agissait d’écrire une nouvelle érotique en une seule nuit. Réception des contraintes le 31 octobre à 23h59 et texte à renvoyer avant 7h le 1 novembre.

Les contraintes: respecter la thématique  » Tel épris qui croyait prendre », utiliser le mot final  » ricochet ».

Ce texte, je vous le livre brut, avec les fautes dues à la fatigue et au manque de temps.

 

L’espace d’un instant.

Sous la lune argentée du mois de mai je commence une nouvelle nuit de travail.

Je sais d’avance ce qu’elle me réserve : donner du plaisir, écouter les confidences, soigner les maux du corps et de l’esprit des oiseaux de nuits. Tous mes clients sont différents ( des gros, des maigres, des vieux, des plus jeunes, des petits, des grands, des mariés, des veufs, des frustrés, des hommes en quête de sensations…) mais au fond ils se ressemblent tous, tous aussi seuls que moi.

Je n’ai pas choisi d’être une pute, une catin, une fille de joie, je n’ai juste pas eu de chance en tirant les cartes de la vie : « Mauvaise pioche pour Adeline, direction le trottoir sans passer par la case départ. »

Ma tenue ne s’adapte pas à la météo, je porte comme toujours un short très court sur des bas résilles, un t-shirt moulant au décolleté plongeant et des talons vertigineux qui me font un mal de chien. Il n’y à rien de glamour dans ma tenue, ni dans ma démarche, il n’y à rien de beau dans mon job. Bien souvent j’évite de réfléchir, je m’évade, je fantasme, j’imagine, mais je ne me pose pas de questions, je sais que cela me mènerait à une auto-critique bien peu élogieuse.

Perdue dans mes envies d’ailleurs je n’ai pas remarqué ce type qui s’approche de moi. Il est grand, maigre, ses cheveux bruns dressés soigneusement sur le haut de son crâne et des yeux verts perçants. Lorsqu’il m’adresse la parole je remarque un accent de l’Est que je n’identifie pas.

_ Vous êtes libre mademoiselle ?

Comme si il me demandait l’autorisation de m’emprunter, il semble presque s’excuser. Je ne prends pas la peine de répondre verbalement, je saisis la main qu’il tend vers moi et l’attire vers l’hôtel de passe situé à quelques mètres. J’ai une chambre attitrée, je n’ai donc qu’à dégainer ma clé et le précéder dans la pièce. Je ne ferais pas l’inventaire de la décoration, il n’y en a pas. Un lit, une table de chevet, un petit bureau et sa chaise et une salle d’eau attenante, voilà mon lieu d’exercice.

Je lui annonce mes tarifs, demande à être payé immédiatement et sans préambule je commence à retirer son pantalon. Aussitôt il stoppe mon geste, plongeant son regard dans le mien :

_ Je m’appelle Jeremias. Et vous ?

_ Adeline.

Je vois, encore un de ceux qu’il va falloir écouter une heure avant qu’il se soulage trois minutes. Voilà le type de clients qui ne me demande pas un gros effort, d’autant que physiquement il est loin d’être désagréable.

_ Vos clients vous font-ils jouir Adeline ?

Ah, ça c’est le genre de questions inhabituelles, il faut dire que bien souvent il me suffit d’écouter les monologues avant d’écarter les cuisses, on s’intéresse rarement à ma personne.

_ Je suis là pour votre plaisir.

Je préfère rester vague dans mes propos, je sais par expérience que les hommes aiment entendre ce qui les arrange, ils se contrefichent de la vérité. Sauf que dans le cas présent je n’ai aucune idée de la réponse idéale.

_ J’en déduis que vous offrez sans recevoir. Nous allons remédier au problème.

Sans même que je puisse esquiver son geste, ses lèvres ont gagné les miennes. Je n’aime pas embrasser mes clients, c’est un geste trop intime ( ce qui est, vous en conviendrez, assez contradictoire avec tout ce que je peux accepter d’autre ). Pourtant ce baiser qui m’est offert ce soir est doux, sensuel et délicat. Sa langue se joint à la mienne pour une danse endiablée. Ses mains parcourent mon échine, se posant délicatement sur mes fesses. D’habitude il s’agit d’une partie de mon anatomie que l’on pétrie, que l’on frappe et que l’on fouille… ses caresses sont aussi agréables que la sensation est étrangère. Doucement il retire mon haut, puis mon short qui dégringole sur mes chevilles. Jérémias recule d’un pas et semble se délecter du spectacle que j’offre, en sous vêtement, bas et talons au milieu de cette chambre sordide. Il m’attire vers le lit, m’y allonge délicatement puis retire mon string. Sa bouche pose un nouveau baiser sur mes lèvres avant de commencer à cheminer sur ma machoire, mon cou, mes épaules et ma poitrine. Après avoir retirer mon soutien-gorge il titille mes tétons. La chaleur et l’humidité de sa langue les font durcir aussitôt. Je sens mon pouls s’accélérer, ma respiration s’accentuer et mon coeur s’emballer. Ses doigts, longs et fins se dirigent vers mon entre-jambe. Il contrôle ses gestes, chatouillant mon clitoris, puis pénétrant mon intimité. Ce n’est pas une pénétration brutale voir bestiale comme je peux connaître avec certains, ni un acte anodins et timides comme cela peut l’être avec d’autres. Non, c’est maîtrisé, c’est profond, c’est érotique et excitant. Pour la première fois je m’autorise à me laisser aller, je perds le contrôle, je sens le désir former une boule au creux de mes entrailles puis grossir, s’accroître en se verbalisant en un gémissement que je ne cherche pas à retenir. Ses lèvres continuent à descendre sur mon corps, passant sur mon ventre, descendant encore avant de se poser sur le bouton de rose de mon sexe. Son souffle frais accompagne son suçotement, tandis que ses doigts valsent encore en moi. Mes cuisses frémissent autour de son visage, tous mes muscles se contractent, mes halètements se transforment en cris, je hurle mon plaisir. Quelle découverte exquise, quel merveilleux éveil des sens. Je sens comme un déchirement à l’intérieur de moi, libérant une nuée de papillons, j’ai chaud, j’ai froid, mon corps en réclame davantage sans savoir si il pourrait le supporter. Mon esprit habitué à se réfugier le plus loin possible de ma réalité se noie dans un nuage aux parfums de santal et de musc, mes yeux clos se plongent dans des couleurs pastelles, du rose, du turquoise, du jaune… J’oublie la pièce hideuse et glauque, je zappe ma routine, je mets au placard la putain et laisse s’exprimer la femme.Mes doigts se plongent dans la broussaille de ses cheveux, le saisissant pour l’attirer vers moi. Comprenant ce que j’attends de lui, Jérémias remonte pour m’embrasser de nouveau. Je peux goûter ma moiteur sur ses lèvres, son baiser est toujours aussi délectable mais cette fois il est passionné.

Il dégrafe son jeans, retire son t-shirt blanc. Je peux à mon aise contempler l’expression de son propre désir. Sans m’y sentir contrainte, je veux lui rendre ce qu’il vient de me donner, je veux le sentir durcir davantage sous les assauts de ma bouche, je me découvre gourmande face à l’idée de recueillir son plaisir au fond de ma gorge.

_ Non, dit-il, je suis là pour vous, pour votre plaisir, laissez vous aller.

Il me rallonge doucement sur le matelas, je sais à son ton que je n’ai pas d’autres choix que de me laisser faire et l’idée me convient tout à fait. Libérant définitivement son érection ( Diantre, quel homme!) il entre en moi, créant une combinaison parfaite de nos corps. Ses yeux ne quittent pas les miens, mes ongles s’enfoncent dans sa chair si douce, son parfum envahit mes narines, mes mouvements de hanches accompagnent les siens, mes jambes s’entourent autour de sa taille. Je ne suis plus une prostituée, il n’est pas un client, je ne connais rien de lui et pourtant j’ai l’impression qu’il à pénétré chaque centimètre carré de ma peau et de mon âme.

J’accueille tout son être, tremblante de désir, avide de plaisir.

Non il n’y a rien de sale, il n’y a rien de vicieux ou de pervers. Pas d’écœurement, pas de gestes impudiques, pas de « femme objet ». Il y a seulement deux êtres qui s’offrent une parenthèse. Je me sens écouter, effleurer, exister. Ses gestes ne sont pas brusques, chaque caresse m’est destinée, délicate comme une plume, apaisante comme un rayon de soleil, réconfortante comme les bras d’une mère. Je reçois ce que j’ai l’habitude d’offrir, je me sers une grosse part de plénitude et de jouissance, oubliant la noirceur et la puanteur de ma vie.

Il me prend en missionnaire, ne changeant pas de position. J’ai eu à faire à de véritables acrobates du sexe, me laissant parfois des courbatures en souvenir, découvrant des muscles dont j’ignorais l’existence. Mais Jérémias, lui, il me fait l’amour, nous prenons du plaisir non pas dans l’accomplissement d’un fantasme, mais dans la simplicité d’un moment de pur bonheur physique. Je me plais à sentir son corps contre le miens, son torse écrasant ma poitrine, j’aime voir son désir dans son regard, j’apprécie ses lèvres sur les miennes et ses gémissements qui résonnent au creux de mon oreille.

Je resserre mes bras et mes cuisses autour de lui, de nouveau ce sentiment d’exploser qui m’envahit, criant ma jouissance, sentant tout ce qui m’entoure se dérober sous moi, me retrouvant en lévitation au dessus de la face dégueulasse de mon monde. Ne pensant même pas cela possible j’atteins un nouveau niveau d’extase en le sentant se déverser en moi.

Dans ma réalité cette éjaculation signifie la fin de ma « mission », comme la sonnerie de la fin du service à l’usine. Cela veut aussi dire que je vais devoir retourner sur mon trottoir pour attendre mon prochain client. Les hommes se rhabillent aussi vite qu’ils ne se sont retrouvés nus. Chacun de notre côté du lit, nous reprenons une attitude convenable, classant le dossier, prêts à retourner à nos vies. Mais ce client n’est pas ordinaire, lui il m’embrasse encore, me prend dans ses bras, passant son nez dans mes cheveux. Je prends le temps de caler ma respiration sur la sienne.

Pourtant, arrive le moment où il se lève, m’aide à remettre mes vêtements, il revêt les siens et regarde la liasse de billets de vingts euros qu’il m’avait laissé tout à l’heure.

_ Je crois que je peux les reprendre non ? Me dit-il en souriant.

_ Effectivement, ça serait plus à moi de vous payer pour ce que vous avez fait.

Joignant le geste à la parole, je sors de mon sac trois autres billets que je lui glisse dans l’élastique de son caleçon. Nous sortons ensemble du bâtiment, arrivés à l’extérieur, il se contente de me déposer un baiser sur le front, et sans dire un mot il tourne les talons.

Je le regarde s’éloigner, retournant à mon quotidien. Il n’y aura pas de « happy end » pour moi, mais il y aura eût ce moment durant lequel je me suis échappée, une bouffée d’oxygène pour ne pas sombrer. J’ai l’impression qu’autour de moi, les murs gris commencent à s’effriter, puis un morceau de la cellule de mon âme tombe, laissant passer un rayon de soleil. Je sourie à l’idée que, comme ce morceau de noirceur, en touchant le sol, moi aussi je peux faire un ricochet.

Publié dans Textes divers