Confidence

Ce texte fut écrit dans le cadre du concours de nouvelle  » Les Carnets ».

Je ne l’ai finalement pas retenu, le texte envoyé vous sera communiqué ici ultérieurement.

Il s’agissait d’écrire un texte sous forme de journal intime commençant par  » 1 Juillet. Derrière les persiennes, un mouvement »

 

Confidences

1er Juillet.

23h

Derrière les persiennes un mouvement. Voilà cher Journal ce qui m’a sortie de ma torpeur.

Ma journée a commencé comme ça, mettant en alerte tous mes sens. Alors que sous les draps mon corps dormait encore, mon esprit s’est retrouvé aux aguets. C’est agréable de sentir la température chuter un peu la nuit. J’aime sentir la brise qui passe à travers les claires-voies. Elle se fait caresse sur mon corps dénudé, elle se fait tendresse glissant sur les draps, elle devient déesse sous le ciel étoilé, elle devient maîtresse face à mon célibat. D’habitude c’est le soleil qui m’éveille, remplaçant la douce fraîcheur par la chaleur agréable car pas encore pesante. Mais ce matin, il n’a pas eu le temps de rayonner que déjà j’étais réveillée. Cette sensation d’être observée, épiée, une présence inconnue s’en est mêlée, sans même être invitée. Je me suis alors cachée, terrée sous l’oreiller. Essayant de me raisonner : «  personne ne te regarde, nulle présence viendra balayer ton quotidien ». Et je me suis rendormie en pensant à la sûreté de la rengaine de ma vie.

Je n’y ai pas repensé de la journée, mais ce soir, avant de rejoindre Morphée je voulais cher Journal te faire part de ce détail. Dans la nuit, les appréhensions se font plus présentes, mais tu me connais, je vais laisser la fenêtre ouverte malgré tout, juste pour me prouver ma bravoure. Ne ris pas s’il te plaît ! Je sais ce que tu penses, que je ne suis qu’une trouillarde qui se fait tout un plat d’un simple mouvement, d’un simple fait anodin qui est venu troubler mon quotidien. Tu te fais moqueur face à mes peurs, je t’en veux un peu alors je vais me coucher sans te souhaiter bonne nuit !

 

2 Juillet

Cher Journal,

Excuse-moi pour hier soir, je t’ai maltraité. Es-tu prêt à me pardonner ? Parce que figure-toi que j’ai de nouvelles révélations à te faire.

Ce matin, j’ai de nouveau été sortie de mon sommeil par cette présence étrangère derrière les persiennes. Bizarrement je l’attendais, de manière totalement schizophrénique je dois l’avouer. L’angoisse des doutes sur l’identité de ce réveil-matin inquiétant, et l’espoir néanmoins de me prouver à moi-même qu’hier je n’ai pas rêvé.

Cette fois je ne me suis pas recroquevillée sous mes draps, je me suis assise, bien droite sur mon lit. J’ai stoppé tout mouvement, guettant dans le silence qu’un bruit ou une forme me donne un indice. J’ai mis mon instinct au garde à vous. De proie je suis passée chasseuse. J’ai bien perçu quelques grattements résonner sur la gouttière, mais tout restait subtil, à peine perceptible. Le temps s’était arrêté, aussi figé que moi. J’essayais de caler les battements de mon cœur sur le « tic-tac » de mon horloge, en vain. Il battait la chamade dans ma poitrine, mon souffle se faisait court. Puis soudain, plus rien, la vie avait repris sa course, la normalité était revenue pour me réconforter.

Tu vois mon Ami, je me suis montrée plus forte aujourd’hui, enfin, un peu.

Comment ça je ne suis qu’une mauviette ? Tu crois que j’aurais dû faire preuve de davantage de courage ? C’est facile à dire tiens ! Tu passes tes journées à fainéanter sur ma table de chevet. Je ne te demande pas grand-chose, juste de recueillir mes pensées les plus intimes, les plus honteuses, les plus romantiques ou les plus diaboliques. Ta tache se limite à me réconforter en m’ouvrant tes pages comme un homme pourrait m’ouvrir ses bras. Tu n’es pas censé me juger, juste panser les hématomes de mon cœur et les plaies de mon esprit. Bon allez je ne t’en veux pas, après tout tu m’es fidèle, tu n’as jamais refuser que je peigne sur toi mon vague à l’âme. Cette fois-ci je vais te souhaiter une bonne nuit, mais tu n’auras pas de bisous, parce que je suis un peu fâchée quand même de tes moqueries.

3 Juillet.

Cher Journal,

J’ai cru devenir folle, perdre la raison, me noyer dans l’infâme parano !

Figure-toi que ce matin mon mystérieux inconnu de l’aube est revenu à la charge. Je sentais son regard sur moi, sa présence derrière les lamelles de bois. J’ai jeté un regard vers toi, mais tu dormais encore. Néanmoins, j’ai repensé à ce que tu chuchotais aux oreilles de mon âme hier soir.

Laisse-moi donc te raconter mon exploit, et cette fois-ci crois moi, tu auras de quoi être fier mon Ami.

Je me suis donc levée ! J’ai pris sur moi tu peux me croire, et sans penser à ma nudité, j’ai réussi à faire un premier pas, tremblante, le crâne envahi par des milliers de questions. Mes yeux t’ont toisé, pleins d’arrogance et je me suis mise au défi de vous envoyer au tapis tes railleries et toi. Je voulais te prouver que je ne suis pas une froussarde. J’avoue que je n’en menais pas large mais je continuais d’avancer.

Après tout, qui pourrait bien se trouver derrière mon volet ajouré ? Au quatrième et dernier étage qui plus est ! Comme toutes femmes je me méfie des inconnus, des mecs entreprenants ou beaux parleurs, et même des auto-stoppeurs. Mais à moins d’avoir à faire à un assassin bon grimpeur, il ne m’est jamais venu à l’idée que chez moi je n’étais pas en sécurité. Mon cerveau s’est alors transformé en autoroute d’idées tordues, subissant un embouteillage des pires scénarios. Des glauques, des épouvantables, des farfelus… Cambrioleur, violeur, meurtrier ? Amant éconduit ou client insatisfait ? Dans le doute j’ai saisis au passage mon flacon de Parfum, tu sais cher journal, le Chanel que j’aime tant ! Et bien pour l’occasion je me suis trouvée prête à le sacrifier. « La bouteille est robuste, je pourrais l’assommer si j’y mets toute ma force. Et si il se trouve suffisamment près je pourrais lui asperger les yeux et l’aveugler. » Voilà ce qui me trottait dans le crâne alors que doucement, sans faire de bruit, mes pas s’enchaînaient.

Je me faisais féline dans ma tenue d’Eve, je m’imaginais discrète, fantomatique. Le souffle court, j’avais l’impression que l’intrus pouvait néanmoins entendre mon cœur tambouriner dans ma poitrine tellement il cognait fort. L’angoisse me nouait les tripes, quelques gouttes de sueurs s’invitaient sur mon front. Mais j’avais quelque chose à te prouver, et pour cela je devais garder le contrôle de mon corps pour ne pas céder à la panique qui commençait à me posséder comme le démon. Se faisant vicieuse, s’immisçant par les pores de ma peau, essayant de gagner mes entrailles avant de pénétrer mon esprit. Non l’angoisse est un ennemi, elle cherche à vous détourner, à vous faire reculer. Je devais la combattre pour garder les idées claires, pour pouvoir agir.

Imagine comme je me suis sentie seule avec mon demi-courage, mes frissons et ma minuscule détermination. Je m’approchais néanmoins de plus en plus de cette présence que je devinais encore. Je l’entendais ou peut-être que j’imaginais l’entendre, m’invitant à la découvrir. Qu’est-ce que tu ne me fais pas faire franchement ?

Soudain, le craquement du parquet sous mon pied, un bruit qui a déchiré le lourd silence. Cette fois j’étais sûre d’être remarquée, il me fallait donc agir, vite, sans réfléchir. Armée de mon parfum hors de prix je me suis jetée sur les persiennes, les ouvrant à la volée, laissant le soleil timide pénétré la pièce.

Ah mon ami, tu attends le dénouement de notre aventure n’est-ce pas ? J’ai piqué ta curiosité hein ? Je ne sais pas si tu as mérité mes révélations. Je pourrais me contenter de ta fierté, car je sais que je t’en ai bouché un coin avec mon audace. Mais puisque tu as toujours été un bon confident, je veux bien continuer mon récit et même t’en dévoiler l’épilogue.

Je disais donc que j’avais ouvert les persiennes à la volée. Et quelle ne fût pas ma surprise de voir s’envoler deux petits moineaux effrayés. Effarée je les ai regardé s’éloigner, virevoltants dans le ciel bleu, flirtants avec les nuages, sympathisants avec les cieux. J’ai réprimé un rire nerveux tout en m’émerveillant devant ces deux paires d’ailes qui cherchaient un brin de vent directionnel. Quelle gourde, n’est-ce pas cher journal ? Je t’autorise à te moquer de moi, je ferais preuve d’auto-dérision sur ce coup là. Mais attends, ce n’est pas terminé, car mon sourire s’est évaporé quand je me suis rendue compte que j’étais nue à ma fenêtre, surplombant les commerçants en contre-bas qui s’installaient pour le marché. Le bruit de ma « lutte » avec ses deux pauvres bêtes avait attiré sur moi les regards des marchands médusés.

Je dois te faire une confession, car je sais que tu ne le répéteras pas n’est-ce pas ?

Ce moment aurait dû être le plus gênant de ma vie, il m’aurait suffit de faire deux pas en arrière et crever de honte toute la journée dans ma tanière. Mais j’ai pensé à l’envol des oiseaux, à la beauté de leur élan, à leurs battements d’ailes qui accompagnaient les battements de mon cœur. Alors sais-tu ce que j’ai fait ? J’espère que tes pages ne sont pas trop chastes car je risquerais de te faire rougir. Et bien je me suis un peu plus penchée à la fenêtre, bombant ma poitrine, relevant le menton. J’ai fermé les yeux pour accueillir sereinement les rayons du soleil. Il s’est fait caresse sur ma peau dénudée, il s’est fait tendresse en glissant sur moi, il est devenu démon dans le ciel bleuté, il est devenu l’amant d’un sentiment de joie. D’un regard aguicheur j’ai alors jaugé sans peur mon public masculin devenu de mon émancipation les témoins. Dans un dernier geste que j’admets théâtral, j’ai dégainé le Chanel que j’avais encore en main et m’en suis aspergée. Et tu sais quoi cher Journal ? J’ai éprouvé un plaisir viscéral en me parfumant de liberté.

Sur ce cher ami, cher confesseur, cher tentateur, je vais me noyer dans le sommeil. Je suis ravie de la fierté que tu éprouves à mon égard, j’ai l’impression que ce soir je te dépose mes mots avec davantage de dignité. Et j’ai une dernière chose à t’avouer : demain je crois que je vais oublier de mettre une culotte sous ma robe, et je me délecterais de la brise sur ma peau, glissant délicatement sur moi, se faisant impudique, délicate amante aux parfums d’été.

Mais dis-moi cher Journal, aurais-je réussi à te troubler ?

Publié dans Textes divers